George Orwell

7. La falsification quotidienne du passé

1984 — Résumé 🇫🇷 Français

Winston travaille dans sa cabine du département des Archives au ministère de la Vérité, où sa tâche consiste à modifier continuellement les documents écrits, les journaux, les livres et les photographies pour qu'ils correspondent toujours aux exigences changeantes du Parti. Entouré de trous de mémoire par lesquels les originaux sont détruits par le feu, il traite plusieurs messages de routine qui lui ordonnent de corriger des discours, des statistiques de production ou des promesses officielles devenues fausses. Par exemple, il réécrit un discours de Tonton pour prédire une offensive en Afrique du Nord au lieu de l'Inde du Sud, ou ajuste de fausses données sur la production de bottes pour donner l'impression que le Parti dépasse systématiquement ses objectifs. Ce processus d'altération permanente transforme l'histoire en un palimpseste entièrement réécrit, garantissant qu'aucune preuve d'une prédiction erronée ou d'une contradiction ne subsiste jamais dans les archives publiques. Autour de lui dans la longue salle sans fenêtres, d'autres employés s'affairent à des tâches similaires de manipulation de l'information. Dans les cabines voisines, une femme efface les noms des personnes vaporisées qui sont devenues des non-personnes, tandis qu'Ampleforth réécrit des poèmes pour éliminer toute trace d'hérésie idéologique. Le département des Archives n'est qu'une petite composante du gigantesque ministère de la Vérité, qui produit également des journaux de sport, des films, des romans sentimentaux et de la pornographie destinés au prolétariat afin de le maintenir dans l'ignorance. Malgré le caractère monotone et répétitif de ces manipulations, Winston éprouve un certain plaisir intellectuel à résoudre ces problèmes complexes de falsification qui demandent une parfaite compréhension des principes de l'Angsoc. Winston s'attaque ensuite à une mission plus délicate concernant un article du Times du 3 décembre 1983 qui faisait l'éloge d'un certain camarade Withers, récemment récompensé avant d'être mystérieusement réduit au statut de non-personne. Comme les criminels politiques disparaissent généralement sans laisser de trace et que les purges publiques sont rares, Winston doit réécrire complètement le rapport en inventant de toutes pièces une commémoration héroïque à la mémoire d'un soldat imaginaire nommé camarade Ogilvy. Il dicte au parlécrit une biographie fictive et exemplaire d'un jeune homme entièrement dévoué au Parti, abstinent et mort au combat pour Océania. Une fois son texte rédigé et validé par les instances dirigeantes, le camarade Ogilvy prend instantanément vie dans les archives officielles, devenant aussi authentique et incontestable que n'importe quelle figure historique du passé.