Retiré dans un monastère qu il croyait être le port final de sa vie, Ivan Sévérianovitch pensait en avoir fini avec ses tribulations, mais il dut affronter de nouvelles épreuves spirituelles. Interrogé par ses compagnons de voyage sur ses rapports avec le diable, il expliqua qu il avait d abord dû résister à de redoutables séductions. Grâce aux conseils avisés d un vieux religieux, il triompha de l esprit malin en multipliant les prosternations, le jeûne et les mortifications les plus sévères jusqu à ce que l ennemi renonce à le tenter sous des formes séductrices.
Il dut ensuite faire face à une multitude de petits diables espiègles qui prenaient un malin plaisir à semer le désordre. L un d eux le persécuta durant des nuits en soupirant sans cesse et en se faisant passer pour le spectre d un suicidé. Persuadé d avoir affaire à un intrus surnaturel, Ivan alla jusqu à frapper de sa hache une ombre menaçante, pour s apercevoir qu il avait blessé la vache du couvent. Cet incident lui valut d être puni par le supérieur et de se voir confier la tâche d allumer les bougies, ce qui l exposa de plus belle aux facéties de ces petits démons.
Enfermé ensuite dans une cave vide pour s être laissé emporter et avoir renversé des bougies, Ivan y trouva la quiétude du travail manuel en moulant du sel. Sa lecture assidue de la vie de saint Tikhon de Zadonsk et des journaux le conduisit à méditer sur une prophétie concernant la paix universelle et la destruction imminente. Habité par un soudain don de prophétie et pris d un grand chagrin pour la patrie, il se mit à pleurer et à prédire une guerre prochaine à tous ceux qui l écoutaient à travers le soupirail.
Transféré dans une izba du potager auprès d une icône du Bon silence afin d y apaiser son esprit prophétique, il continua de parler de guerre dès qu il rencontrait quelqu un. Après un examen attentif, un médecin conseilla de le laisser voyager pour rompre cette existence sédentaire. Il fait route à présent vers le monastère de Solovetsk pour visiter les tombeaux avant une guerre qu il persiste à annoncer, prêt à quitter son habit monastique pour revêtir l uniforme et mourir pour le peuple.