Joseph-Remi-Leopold Delboeuf

Chapitre 3

La psychologie comme science naturelle, son présent et son avenir / Application de la méthode expérimentale aux phénomènes de l'âmeRésumé 🇫🇷 Français

Ce texte traite des illusions d’optique et des mécanismes psychologiques et physiologiques de la sensation. L'auteur y démontre d'abord que nos jugements sur les formes ne découlent pas de la réalité physique ou de l'image rétinienne, mais d'un processus inductif inconscient dicté par l'habitude et l'instinct. Par exemple, des lignes parallèles semblent converger à cause de hachures obliques car notre œil a tendance à agrandir les angles aigus. Cette distorsion s'efface dès que la figure est observée dans l'axe visuel, affaiblissant l'effet des hachures. De même, l'esprit redresse constamment les illusions de perspective : un étang ovale sur un dessin est perçu comme circulaire. Notre évaluation des distances influence aussi notre perception des grandeurs, ce qui explique les variations d’estimation de la taille de la lune ou l'illusion d'une mouche confondue avec un oiseau. À l'inverse, la familiarité avec la taille humaine ou d'objets connus fausse notre appréciation des statues colossales ou des peintures de plafonds, qui nous paraissent alors de dimensions naturelles. Bien que le jugement de la forme semble instantané, l’œil l’acquiert par l'exploration. La rétine n'étant pleinement sensible qu'au niveau de la tache jaune, l'organe apprend par l’expérience à anticiper les mouvements nécessaires pour reconstituer les contours à distance. Ce sentiment de la motilité permet de saisir l'existence et la structure des objets. Si les mains, particulièrement développées chez les aveugles, permettent de percevoir les formes par contact direct, l'œil surpasse le toucher grâce à sa capacité à opérer à distance avec une précision chirurgicale. Il faut donc distinguer les propriétés optiques de l'œil, génératrices de lumière et de couleur, de ses propriétés musculaires, qui définissent la forme. Sur le plan de l'évolution, les organes sensoriels se sont complexifiés à partir d'une sensibilité primitive élémentaire. L'auteur dresse un parallèle entre les phénomènes psychiques et physiques, ces derniers étant réductibles aux mouvements moléculaires ou atomiques. Pour quantifier la sensation, les scientifiques comme Weber et Fechner ont élaboré des méthodes de mesure. La loi de Weber stipule que pour obtenir un accroissement constant de la sensation, l'excitation doit croître de manière proportionnelle, soit selon une progression géométrique. Ce principe se vérifie dans la vie courante, notamment en musique où le ton s'élève d'une octave lorsque les vibrations doublent. Néanmoins, cette loi reste approximative et s'avère insuffisante face aux excitations extrêmes ou selon l'état de l'organe, comme l'illustre l'adaptation de l'œil à l'obscurité d'une cave. Toute excitation excessive dénature la sensation et la transforme en douleur ou en malaise. La sensation se caractérise ainsi par trois lois : son affaiblissement progressif dès son apparition, la nécessité d'excitations exponentielles pour croître, et son altération finale en douleur. L'organisme fonctionne comme une corde élastique, et la sensation naît d'une rupture d'équilibre entre la force interne et le milieu ambiant. En conclusion, bien que la sensation corresponde à une impression physique, l'esprit ne peut concevoir le passage de l'insensible au sensible, ce qui implique que la matière, le mouvement et la sensibilité sont des composantes initiales et indissociables de l'univers.