Joseph-Remi-Leopold Delboeuf

Chapitre 2

La psychologie comme science naturelle, son présent et son avenir / Application de la méthode expérimentale aux phénomènes de l'âmeRésumé 🇫🇷 Français

Dans cette première partie, Joseph Delbœuf examine la psychologie comme science naturelle et cherche à établir une méthode capable de résoudre le problème fondamental des rapports entre l’âme et le corps. Il rappelle d’abord que depuis l’Antiquité, l’être humain cherche à se connaître lui-même. Selon lui, cette recherche ne peut progresser qu’en faisant appel à l’ensemble des sciences, qu’elles soient historiques, sociales ou naturelles, car la connaissance de l’homme dépend de celle du monde entier. L’auteur critique ensuite les deux grandes doctrines opposées de son époque : le matérialisme et le spiritualisme. Les matérialistes fondent leurs explications sur les sciences physiques et biologiques et tendent à réduire tous les phénomènes à des causes matérielles. Les spiritualistes, au contraire, privilégient l’introspection et les notions morales ou intellectuelles telles que la vérité, le bien, la liberté ou Dieu. Delbœuf estime que ces deux camps se combattent sans réellement se rencontrer, car ils partent de méthodes et de faits différents. Il considère qu’aucun ne peut résoudre seul le problème de l’âme et du corps et affirme qu’une méthode nouvelle, empruntant aux deux approches tout en possédant ses propres principes, est nécessaire. Abordant ensuite la question de l’âme et du corps, il remarque que toutes les civilisations et toutes les langues possèdent des notions correspondant à ces termes. Même ceux qui nient l’existence de l’âme comprennent ce que signifie le mot. Cette distinction est donc universelle. Cependant, il affirme que la séparation entre âme et corps n’est pas la distinction primitive de la conscience. Selon lui, le premier acte de connaissance est la distinction entre le moi et le non-moi. L’enfant, comme probablement l’animal, ne se perçoit pas d’abord comme composé d’une âme et d’un corps ; il se ressent simplement comme un être unique opposé à ce qui n’est pas lui. Delbœuf cherche alors à expliquer comment cette distinction fondamentale devient possible. Il soutient qu’un être sensible ne peut distinguer le moi du non-moi que s’il est capable de se donner volontairement des sensations. Cette faculté repose principalement sur le sentiment de la motilité, c’est-à-dire la conscience de l’effort associé au mouvement. Lorsqu’un individu agit volontairement et constate que certaines sensations résultent constamment de ses propres efforts, il découvre une sphère d’action qui lui appartient. Inversement, lorsqu’un obstacle extérieur empêche l’effet attendu, il prend conscience de l’existence d’une réalité étrangère à lui-même. Ainsi naît la connaissance. L’exemple de l’enfant qui crie illustre ce mécanisme. En associant l’effort volontaire à la sensation produite, il apprend progressivement qu’il possède un pouvoir sur lui-même. Il découvre ensuite que d’autres sensations proviennent de causes indépendantes de sa volonté, ce qui lui révèle l’existence du monde extérieur. Enfin, Delbœuf explique que l’étendue du moi est définie par tout ce qui répond de manière constante aux mêmes actes volontaires. L’animal tend à considérer comme faisant partie de lui-même tout ce qui lui procure toujours les mêmes sensations attendues. Le non-moi correspond alors à l’ensemble des causes extérieures, imprévues et indépendantes de sa volonté. Cette analyse constitue le point de départ de sa réflexion sur la nature des êtres sensibles, de l’animal et, ultimement, de l’homme.