Dans le château du baron de Thunder-ten-tronckh en Westphalie, vivait Candide, un jeune homme à la douceur naturelle et à l'esprit simple, d'où son nom.
On le soupçonnait d'être le fils illégitime de la sœur du baron. Le baron, un puissant seigneur malgré sa description quelque peu ironique (son château possédait des portes et des fenêtres, et une tapisserie dans la grande salle), était entouré d'une maisonnée qui le vénérait. Sa femme, la baronne, pesait environ trois cent cinquante livres et inspirait un grand respect. Leur fille, Cunégonde, âgée de dix-sept ans, était décrite comme appétissante, tandis que leur fils était digne de son père.
Le précepteur de la maison, Pangloss, était l'oracle de la famille. Il enseignait une philosophie complexe, la "métaphysico-théologo-cosmolo-nigologie", et prônait avec conviction que le monde actuel était le "meilleur des mondes possibles" et que le château du baron était le plus beau. Il justifiait cette vision par des arguments de causes finales absurdes, affirmant par exemple que les nez étaient faits pour porter des lunettes et les cochons pour être mangés. Candide, avec toute la bonne foi de son jeune âge, écoutait et croyait ces leçons. Il admirait profondément mademoiselle Cunégonde, bien qu'il n'osât jamais lui avouer ses sentiments. Son bonheur, selon lui, se classait ainsi : naître baron, être mademoiselle Cunégonde, la voir chaque jour, puis écouter maître Pangloss.
Un jour, lors d'une promenade dans le parc, Cunégonde surprit le docteur Pangloss en train de donner une "leçon de physique expérimentale" à la femme de chambre de sa mère. Témoin des "expériences réitérées" du précepteur, elle comprit "la raison suffisante du docteur, les effets et les causes". Cette observation la laissa agitée, pensive et animée d'un désir de savoir, imaginant qu'elle pourrait être la "raison suffisante" de Candide, et lui la sienne. En retournant au château, elle rencontra Candide. Tous deux rougirent, échangeant des salutations hésitantes.
Le lendemain, après le dîner, Cunégonde et Candide se retrouvèrent discrètement derrière un paravent. Cunégonde laissa tomber son mouchoir, que Candide ramassa. Innocemment, elle lui prit la main, et il la baisa avec une vivacité et une sensibilité particulières. Leurs bouches se rencontrèrent, leurs yeux s'enflammèrent, leurs genoux tremblèrent et leurs mains s'égarèrent. Malheureusement, le baron de Thunder-ten-tronckh passa à cet instant, observant "cette cause et cet effet". Sans hésitation, il chassa Candide du château à grands coups de pied. Cunégonde s'évanouit et, à son réveil, fut giflée par la baronne. Ainsi, la consternation s'empara du plus beau et du plus agréable des châteaux possibles.