Winston Smith poursuit son journal en se remémorant une rencontre passée, survenue trois ans plus tôt dans une ruelle sombre. Il se rappelle une jeune femme au visage lourdement maquillé qui lui avait coûté deux dollars. Alors que cette réminiscence le hante, il lutte contre une envie soudaine de violence et de désespoir, conscient que le système nerveux est le pire ennemi de l'homme dans ce monde surveillé. Il repense à un autre membre du Parti croisé dans la rue, dont le visage était traversé par des tics nerveux inconscients. Winston sait que le danger réside partout, y compris dans le fait de parler pendant son sommeil.
Il reprend l'écriture de son récit en évoquant la cuisine de cette femme, marquée par une odeur renfermée de vêtements sales et de parfum bon marché. Fréquenter des prostituées était certes interdit et passible de travaux forcés, mais cela restait toléré tacitement par le Parti comme un exutoire aux pulsions inévitables, pourvu que cela demeure furtif et limité aux classes inférieures. Cependant, le véritable objectif du Parti n'est pas d'empêcher les liaisons, mais d'éradiquer l'érotisme et tout plaisir lié à l'acte sexuel. L'amour est combattu par un conditionnement strict, des organisations comme les Jeunesses Anti-Sexe et la promotion de l'abstinence.
Winston se souvient ensuite de Katharine, son épouse dont il est séparé depuis des années. Bien qu'elle possédât un physique élégant, elle s'était révélée posséder un esprit totalement vide, incapable de formuler une pensée qui ne soit pas un slogan du Parti. Le sexe avec elle était devenu une corvée mécanique et répugnante qu'elle accomplissait uniquement dans le but de produire un enfant, qu'elle qualifiait elle-même de devoir envers le Parti. Malgré son aversion, Winston finit par écrire la fin de son souvenir dans le journal.
En éclairant la pièce avec une lueur plus vive, il avait découvert que la femme rencontrée dans la ruelle n'était pas jeune, mais âgée d'au moins cinquanta ans, le visage plissé sous le maquillage et la bouche édentée. Malgré cette vision choquante, il était allé jusqu'au bout de son acte. En refermant ses yeux devant son journal, Winston constate que l'écriture de cet épisode n'a en rien apaisé sa conscience ni effacé le sentiment de défaite qui l'habite.